Un rapport sénatorial, publié mercredi 18 juillet, affirme que la facture d’électricité des ménages pourrait augmenter de 50 % d’ici à 2020. Pour Michel Derdevet, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et auteur de L’Avenir énergétique, cartes sur table (1), l’Etat doit réfléchir à des mécanismes de solidarité.

Même si le message est peu « populaire », l’analyse menée par la commission d’enquête du Sénat est incontestable. Les prix de l’énergie sont encore aujourd’hui, dans notre pays, un produit des temps anciens, ne répondant pas aux défis de la transition énergétique à venir. Ainsi, entre 1994 et 2010, les prix de l’électricité en France ont suivi l’inflation, sans intégrer l’évolution réelle des coûts.

Or on sait, par exemple, qu’il faudra demain investir plus pour répondre aux exigences de l’Autorité de sûreté concernant l’exploitation du parc nucléaire, pour conforter le développement des énergies renouvelables ou pour continuer à moderniser et à développer les réseaux électriques de transport et de distribution, qui sont les garants d’un territoire français compétitif et attractif.

Quels que soient les stades (la production, le transport, la distribution et la commercialisation), le prix de l’électricité – et des différents types de production – devra donc refléter les coûts réels d’aujourd’hui, mais surtout de demain.

L’électricité un bien universel ?

Reste la question centrale : face aux huit millions de Français en situation de précarité énergétique, l’État doit aussi réfléchir, d’urgence, à de vrais mécanismes de solidarité pour éviter que se creuse, dans notre pays, une fracture intolérable. Dans la loi du 10 février 2000, un fonds avait été créé à cet effet, au travers de la contribution au service public de l’électricité (CSPE).

Douze ans plus tard, force est de constater que la part consacrée à la précarité énergétique est devenue résiduelle. En 2011, la charge prévue au titre des tarifs sociaux s’élevait à seulement 1,4 % de la CSPE, alors que 75 % des montants allaient au soutien aux énergies renouvelables et 24 % à la péréquation tarifaire, départements d’outre-mer et Corse compris.

On est loin du débat à l’Assemblée nationale, au printemps 1946, au cours duquel un groupe parlementaire avait plaidé pour la gratuité de l’électricité au même titre que l’eau, considérée comme un bien universel.

Mais s’il est légitime d’abriter les consommateurs des « soubresauts » des marchés, il est peu conséquent de prétendre les tenir indéfiniment à l’écart des « fondamentaux » économiques, surtout dans une période de grands bouleversements énergétiques où le prix de l’énergie peut générer une société plus sobre dans ses modes de consommation.

(1) Avec Jean-Marie Chevalier et Patrice Geoffron (Gallimard,  « Folio », 224 p., 8,1 €)

Recueilli par Jean-Claude Bourbon
Source : La Croix
Image d’entête : Flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général. Essayiste français spécialiste dans l'énergie, il est également enseignant à l'Institut d'Études Politiques de Paris et au Collège d'Europe de Bruges.