UNE PERSPECTIVE SUR LE FONCTIONNEMENT ET LA RÉGULATION DES MARCHÉS ÉLECTRIQUES DE PART ET D’AUTRE DE L’ATLANTIQUE

par MICHEL DERDEVET – Lauréat de la faculté de Droit de Montpellier – Diplômé d’HEC
Maître de conférence à l’Institut d’Études politiques de Paris (Europe et Entreprise)

et THOMAS VEYRENC – Ingénieur Supélec – MSc University College London
Diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris – Maître de conférence à l’Institut d’Études politiques de Paris (Économie approfondie)

De part et d’autre de l’Atlantique, la libéralisation des industries électriques est le fruit d’une inspiration commune: substituer la concurrence à l’organisation monopolistique comme vecteur d’efficacité économique, et transformer un ensemble de marchés locaux en un grand marché continental intégré. Aussi, la diversité actuelle entre systèmes européens et américains interpelle. La relative homogénéité des systèmes électriques du vieux continent, en voie de renforcement à la faveur de l’élaboration, progressive mais délicate, de principes communs d’organisation du secteur énergétique au niveau communautaire, laisse place à une réelle hétérogénéité du côté américain, où chaque État demeure responsable de mener sa propre politique de restructuration, même si des principes communs d’organisation des marchés de gros sont reconnus et mis en œuvre au niveau fédéral. En Europe comme aux États-Unis, ce sont pourtant les mêmes questions qui se posent : statut des opérateurs de réseau, sécurité d’approvisionnement, ou hausse des prix de l’énergie. Témoins les tentations similaires de certains États de conserver des modes de régulation directe des prix, plutôt que de parier sur les vertus de la concurrence pour générer des investissements en capacités de production et tirer les prix vers le bas. À tous ces défis, les réponses actuellement envisagées traduisent plutôt une divergence accrue qu’un rapprochement. Au nom d’une liberté d’action plus fortement affichée par rapport au paradigme concurrentiel initial, l’éventail de réponses disponibles aux États-Unis semble plus vaste qu’en Europe, où la voie prônée par la Commission européenne consisterait à approfondir, indéfectiblement, le modèle initial sans l’altérer. L’avenir dira si cette tendance est durable, où si deux modèles structurellement différents sont susceptibles d’émerger de ces divergences conjoncturelles.

Source : Les cahiers du Cercle Jefferson, N° 1, Mars 2008 et la Revue de l’Énergie, No 581, janvier-février 2008

Image d’entête : Flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général. Essayiste français spécialiste dans l'énergie, il est également enseignant à l'Institut d'Études Politiques de Paris et au Collège d'Europe de Bruges.