La France a su bâtir, au lendemain de la seconde guerre mondiale, une organisation du service public de distribution de l’électricité, originale et unique en Europe, qui a fait largement ses preuves depuis.

La propriété des réseaux moyenne et basse tension appartient aux autorités concédantes (communes, groupement de communes ou syndicats départementaux) qui délèguent, pour l’essentiel, leur exploitation à une entreprise publique nationale, EDF jusqu’en 2007, Electricité Réseau Distribution France (ERDF) depuis, garante de la cohésion territoriale et de l’égalité de traitement de tous les consommateurs.

Ce modèle national a permis de rendre solidaires les productions et d’optimiser les coûts, avec à l’heure actuelle un tarif d’acheminement parmi les plus faibles en Europe (23% moins élevé qu’en Allemagne). Il a garanti jusqu’ici un traitement équitable et homogène entre les territoires, évitant ainsi une « fracture » électrique entre les mieux dotés et les plus démunis.

Tout cet édifice a permis de bénéficier, l’an dernier, sur le réseau de distribution, d’un temps de coupure moyen ramené à 75 minutes, à comparer aux 6 heures du début des années 80, ainsi que l’a récemment rappelé la Cour des Comptes. Ce qui confirme aussi – au-delà de la performance technique – la disponibilité permanente des salariés du secteur.

Ce modèle est-il pour autant immuable et figé ?

A l’évidence, non. Et ce pour trois raisons essentielles.

La première réside dans le formidable « big-bang » énergétique que représente l’arrivée des énergies renouvelables, par nature intermittentes, qui pour 95% s’insèrent déjà dans le système électrique global via le réseau de distribution. Elles vont supposer, plus qu’avant, un positionnement interactif du réseau, en intelligence avec tous les fournisseurs, et une plus grande souplesse de sa part, tant géographique que fonctionnelle. Le temps où l’électricité descendait en cascade vers un consommateur passif touche à sa fin, et les citoyens/consommateurs de demain seront à l’évidence des acteurs majeurs de nouvelles politiques publiques, où la maîtrise de la demande sera centrale.

Les innovations et les sauts technologiques qui touchent le réseau de distribution constituent la deuxième raison qui le place au coeur de la transition énergétique. L’arrivée du véhicule électrique, la montée en puissance de l’effacement voire de l’autoconsommation, le stockage, entraîneront demain des modifications dans la conception des réseaux, qui seront davantage « maillés » localement. Les « compteurs intelligents », ou plus généralement toutes les démarches liées aux « smartgrids » vont générer un monde qui va exiger plus d’écoute des besoins, plus d’intelligence partagée et une redéfinition des relations entre l’opérateur national de réseau et ses 35 millions de clients.

La troisième réalité qui oblige au mouvement est le légitime désir des autorités organisatrices de la distribution de prendre toute leur part aux évolutions évoquées précédemment. Propriétaires des réseaux de distribution d’électricité, elles souhaitent à juste titre coécrire la page d’histoire qui s’annonce, qui devra à la fois refléter le sentiment des territoires qu’elles incarnent et la diversité d’un pays à la fois fier de ses ancrages locaux et de ses grandes entreprises publiques.

Pour répondre à tous ces défis, il faudra poursuivre les investissements sur les réseaux de distribution, qui ont déjà doublé depuis 2005. Cet effort de tous, c’est un gage pour l’avenir, avec la volonté de préserver l’équité dans le traitement des clients du service public de la distribution ; des réseaux de qualité, c’est aussi un avantage compétitif certain, avec des industries qui se maintiennent ou s’installent, plus de 30.000 emplois directs liés aux achats générés en France, des territoires, urbains ou ruraux, où les nouveaux usages de l’électricité sont facilités et où le véhicule électrique peut se développer. C’est enfin une condition essentielle pour que la transition énergétique qui démarre dans notre pays réussisse, facilitée par des infrastructures modernes, souples et innovantes. »

Source : Enerpresse

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.