Article publié sur Challenges.fr.

À l’occasion de la 4ème édition du Positive Economy Forum, Challenges, partenaire média de l’événement vous invite à découvrir celles et ceux qui portent des projets innovants au service d’une économie et d’une société plus positives.  Jacques Attali, Président du Positive Economy Forum, résume ainsi l’objectif de ce Forum: « les grondements croissants du monde, les enjeux du climat, de la violence, du chômage, de l’exclusion, du fanatisme, du désespoir des jeunes, montrent plus que jamais l’urgence d’agir dans l’intérêt des générations suivantes, qui est aussi le nôtre. Pour que notre monde devienne harmonieux. Venez rejoindre au Havre tous ceux, plus nombreux que jamais, qui, à l’invitation de la Fondation Positive Planet, veulent réfléchir et agir ensemble pour imposer ce changement profond, dont dépend la survie de notre civilisation, et de notre liberté ». La ville de demain, l’école en changement, la santé à l’ère du numérique, le changement climatique, la mobilité qui change nos sociétés: durant 4 jours, les débats porteront sur tous les grands enjeux de l’économie. Challenges publie à cette occasion les points de vue des grands experts de ces rencontres qui se déroulent au Havre.

Au « rayon » du changement climatique, les habitants de la Planète ne sont pas tous logés à la même enseigne ! Si la pauvreté concerne 2,2 milliards d’êtres humains dans le monde, le Programme des Nations Unies pour le Développement, tout comme la Banque Mondiale, s’alarment de sa possible augmentation du fait de la multiplication des catastrophes naturelles dues au réchauffement climatique. La lutte contre le changement climatique doit donc être aujourd’hui à la fois une priorité globale pour maintenir les grands équilibres physiques qui rendent notre planète habitable, mais aussi un combat singulier pour éviter que la pauvreté n’augmente. Plus que jamais, il faut penser solidarité, partage et juste redistribution.

Le réseau, vecteur de solidarité

Dans cet esprit, les réseaux d’énergie sont un levier essentiel de développement économique et de transition vers un monde bas-carbone. Rappelons qu’en 2015, 1,1 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité. Or l’électricité signifie l’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à la sécurité ; et contribue de manière décisive à l’amélioration des conditions de vie et à la lutte contre la pauvreté.

Parmi tous, le continent africain reste encore aujourd’hui très dépourvu … et inégal. Bien que Nelson Mandela, dans les années 1990, ait déjà rêvé à « l’électricité pour tous », 650 millions d’africains n’ont toujours pas accès à l’énergie et à la lumière. En Tanzanie, où seulement 14% de la population a accès à l’électricité, la Banque mondiale estime que les carences du secteur électrique font perdre au pays 1,4 point de croissance par an.

Si, dans un premier temps, les régions les plus enclavées pourront recourir à une consommation locale, au travers de panneaux solaires ou de batteries de stockage, un développement massif des réseaux est aussi un impératif pour une énergie abordable et de qualité. Car les infrastructures énergétiques permettent de mutualiser les sources d’énergie et favorisent le déploiement des énergies renouvelables. Elles sont  aussi la condition privilégiée pour tirer tout le bénéfice des grands bassins hydrauliques, qui sont transnationaux et supposent une exploitation partagée.

Le développement des énergies renouvelables permettra enfin à de nombreux pays en développement de s’affranchir des importations de combustibles fossiles, qui pèsent souvent lourdement sur leurs balances commerciales.

Un cadre d’investissement pertinent

Mais comment faire pour réaliser ce déploiement des réseaux dans des zones reculées et permettre à chacun d’avoir accès à l’énergie ? Il faut d’abord que la volonté politique soit matérialisée par des instruments et des moyens appropriés, permettant de mettre en place un cadre légal, réglementaire et fiscal clair, incitatif et adapté. Il n’existe pas de modèle universel, chaque pays ayant son propre contexte institutionnel, économique, social, et ses propres ressources financières et humaines.

En France, l’acte politique déterminant a été la création par le Front Populaire, en 1936, du Fonds d’Amortissement des Charges d’Électrification, alimenté par les habitants des zones déjà électrifiées pour financer les travaux d’électrification des zones rurales.

Dans cet esprit, les principaux dirigeants africains ont décidé fort opportunément, en juin dernier, de créer une Agence africaine d’électrification, chargée de gérer un fonds pérenne permettant de sécuriser les 200 milliards de dollars de financements publics et privés nécessaires pour faire passer l’Afrique de 30 à 80% d’accès à l’énergie en moins de dix ans.

Une telle initiative pourrait être rapidement généralisée par la communauté internationale ; car elle s’avère indubitablement un instrument de solidarité fort, pragmatique et flexible, à même de lutter contre la pauvreté et le réchauffement climatique, tout en renforçant les solidarités locales, nationales et internationales.

Article publié sur Challenges.fr

Photo d’entête : Flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.