Interview publiée sur Midilibre.fr.

Le Biterrois Michel Derdevet, membre du directoire d’ERDF, a remis le rapport « Energie, l’Europe en réseaux » au président de la République.

À la veille de la COP21, l’Espagne, la France et le Portugal viennent de signer un accord pour mettre en place des corridors de mobilité durable.

En quoi cet accord incarne-t-il la transition énergétique ?

Quand on pense COP21, on a tous en tête l’objectif d’arriver à un accord permettant de limiter à 2 °C l’augmentation de la température de la planète. Mais la COP21, c’est aussi des initiatives, des réalisations concrètes pour promouvoir une société bas carbone et favoriser la transition énergétique. À l’instar de ce projet de construire au fil des autoroutes franco-ibériques, des stations de recharge pour permettre le déploiement des véhicules électriques.

Le gain écologique est-il réel ?

Avec des véhicules non émetteurs de CO2, l’apport environnemental est indiscutable. N’oublions pas que pour l’heure le transport en France est le premier secteur de CO2, avec près de 30 % des émissions. En Espagne, le seuil est à peine plus bas, aux alentours de 24 %, idem pour le Portugal. Enfin, à l’échelle de l’Europe toute entière, le transport contribue à 20 % des émissions de CO2.

Le véhicule électrique est encore très marginal dans nos rues. Et encore plus en Espagne et au Portugal. N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ?

Même si il est vrai que le parc des voitures électriques reste confidentiel, ce projet devrait booster son déploiement. Car au-delà de cette initiative, il y aura aussi des efforts sur le réseau intérieur pour sortir la voiture électrique des grandes métropoles européennes. Nous ne voulons pas que le véhicule propre devienne le symbole d’une nouvelle fracture territoriale. D’autant que les nouvelles générations de batteries laissent espérer un doublement, voire un triplement de l’autonomie moyenne des voitures d’ici à 2020.

Comment va s’orchestrer ce nouveau maillage ?

2 000 kilomètres du réseau autoroutier franco-ibérique devraient être équipés d’ici 2019/2020. On projette de construire 200 bornes, à savoir une toute les 80 kilomètres, sur la partie espagnole. Autant sur le réseau français, qui disposera lui dans quelques semaines, fin 2015, d’un dispositif complet. Quand au Portugal, il finalise également son réseau. La réalisation de ce premier maillon est importante même s’il peut paraître insignifiant au regard des 70 000 kilomètres d’autoroutes européennes. N’oublions pas que ces axes transfrontaliers sont empruntés chaque année par quelque 60 millions d’usagers de toutes nationalités.

Que représente l’investissement ?

On est sur quelques dizaines de millions d’euros pour ce projet franco-ibérique. L’équipement total des autoroutes européennes en borne électrique coûterait environ 450 millions d’euros. On est très loin du coût des interconnexions transfrontalières.

Techniquement, comment allez-vous alimenter les bornes ?

On peut faire un parallèle avec le TGV et l’implantation des sous-stations électriques. Le déploiement des bornes va donc se faire en lien étroit avec les gestionnaires de réseau, afin d’articuler le déploiement des bornes avec la topographie et les contraintes des réseaux.

Pourquoi ne s’appuie-t-on pas sur le savoir-faire d’un constructeur californien qui dispose déjà d’un réseau de recharge rapide ?

L’idée de ce réseau est qu’il soit ouvert à tous les fabricants et pas seulement à un seul. Et ce, quels que soient les choix techniques et technologiques des constructeurs. Aussi les trois pays ont veillé à ce que les futurs systèmes de recharges soient interopérables.

Un corridor de bornes électriques au sud de l’Europe

À la veille de la COP21, la France, l’Espagne et le Portugal ont décidé de donner un second souffle à la voiture électrique. Comment ? En promouvant, selon un accord signé en début de semaine à Madrid, le développement de “corridors verts” sur leur réseau autoroutier avec l’installation de bornes de recharge électrique rapides (une demi-heure pour faire le plein à 2 €).

L’idée revient à un groupe de travail franco-ibérique réunissant les associations pour la promotion du véhicule électrique et les gestionnaires de réseaux. Parmi eux, le Biterrois Michel Derdevet, qui dans le rapport remis en février dernier (lire ci-dessus), proposait de mailler d’ici 2020 les 70 000 km d’autoroutes européennes de station de recharge tous les 80 km. D’autres zones, comme les pays du Bénélux, ont décidé de leur emboîter le pas. Avec ce premier projet de corridors électriques, un automobiliste pourra bientôt faire sans problème un aller-retour Paris-Lisbonne en voiture électrique.

Ce projet envoie aussi un signal fort au marché. Et pourrait dans la foulée booster un secteur encore confidentiel. Car si la France fait figure d’exception avec un parc de plus de 50 000 véhicules, les ventes restent marginales en Espagne (500 véhicules vendus), au Portugal (2 000) mais aussi dans le monde où elles représentent moins de 1 %. Mais les nouvelles incitations fiscales en Europe et l’autonomie grandissante des voitures devraient séduire un nouveau public.

Propos recueillis par ZOÉ CADIOT et publié sur midilibre.fr

Photo d’entête : Flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.