L’Europe regarde de plus en plus, désormais, du côté de ses voisins du sud de la Méditerranée. Les interdépendances entre les deux rives sont croissantes et les Européens en sont conscients. Ce qui est vrai pour la géopolitique et le commerce international l’est aussi pour les réseaux électriques: trente pays européens et du Maghreb sont déjà interconnectés, leurs réseaux électriques fonctionnant ensemble, à la même fréquence, au même «tempo». D’autres pays se joindront bientôt à cette zone électrique synchrone afin de former la «boucle électrique» méditerranéenne qui concrétisera, à l’aube de la prochaine décennie, les interdépendances énergétiques et économiques qui existent entre les deux rives de la Méditerranée.

Deux semaines à peine ont séparé, en juillet 2008, le début de la présidence française de l’Union européenne et le sommet inaugurant l’Union pour la Méditerranée (UPM). Quel meilleur symbole du fait que l’Europe sait, désormais, qu’elle devra à l’avenir développer un partenariat privilégié avec les pays situés de l’autre côté de la Mare Nostrum! Ce constat est particulièrement vrai dans le cas de l’énergie. Ce domaine apparaît aujourd’hui comme le plus emblématique des défis – et des enjeux – d’un partenariat renouvelé entre le nord et le sud de l’espace euro-méditerranéen. L’urgence est là. Alors que neuf millions de Méditerranéens n’ont pas encore accès à l’électricité en 2008, la demande totale en énergie dans le bassin méditerranéen, aux dires des experts, pourrait augmenter de 65 % entre 2000 et 2025, date à laquelle elle serait satisfaite, à 87%, par des énergies fossiles, avec les conséquences environnementales induites. Or, quand on observe la réalité des pays concernés, force est de constater deux inégalités majeures, l’une entre le nord et le sud de la Méditerranée, l’autre entre pays du Sud. Les pays de la rive Nord de la Méditerranée sont faiblement dotés en ressources énergétiques fossiles, mais absorbent les deux tiers de l’énergie totale consommée en Méditerranée, et quatre d’entre eux (France, Espagne, Italie, Grèce) sont responsables de 70% des émissions de CO2 dans la région. À l’inverse, les pays de la rive Sud ont des besoins actuels nettement moindres, mais fortement croissants. Ainsi, le PIB de la rive Sud a progressé en 2007 de 5,3%, contre 3% en moyenne pour les pays de l’Union européenne riverains de la Méditerranée (…)

Source: Liaison Énergie-Francophonie

Image d’entête : flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.