C’est l’un des objectifs les moins médiatisés de la future loi sur la transition énergétique pour une croissance verte ; et pourtant l’objectif de développer en France les transports propres et la mobilité économe en énergie, en favorisant le déploiement dans notre pays des véhicules électriques et à faibles émissions, n’est pas mineur.

Le déploiement dans notre pays de 7 millions de bornes de recharge pour véhicules électriques et hybrides à horizon 2030 est un grand et beau chantier, qui doit s’inscrire dans une ambition plus large, à l’échelle de l’Union européenne.

Le développement des véhicules propres, non émetteurs de CO2, constitue en effet un facteur clef de l’atteinte des objectifs énergétiques et climatiques européens, et participe à la réduction de la part des produits pétroliers dans la consommation finale (35 % aujourd’hui).

Mais il faut pour cela doter l’Europe d’un vrai réseau d’infrastructures de charge, afin de permettre à tous les citoyens de l’Union de circuler à grande échelle avec des véhicules propres… et ne pas limiter leur usage aux « bobos » des grandes métropoles !

Le contexte est aujourd’hui favorable : l’autonomie des véhicules électriques devrait atteindre 300 km en 2020 et 500 km en 2030, portant alors à 30 millions le nombre de véhicules électriques circulant en Europe. Une directive récente veille, de plus, à l’interopérabilité des systèmes de recharge.

Concernant les véhicules utilisant du gaz naturel comprimé (GNC), la France compte aujourd’hui 350 stations de recharge (pour 14.000 véhicules), l’Italie 1 000 (pour 850.000 véhicules), et l’Allemagne prévoit de disposer de 1 300 stations d’ici à 2020 (pour un parc envisagé de 1,4 million de véhicules). Mais, avec l’émergence du bio GNV, une concrétisation de l’économie circulaire peut apparaître avec le développement de véhicules lourds ou légers utilisant cette technologie.

Concernant spécifiquement les véhicules électriques, leur développement exercera un impact significatif sur les réseaux de distribution, qu’il faudra renforcer en proportion des transferts d’usages opérés. L’enjeu des trajets longue distance exigera le déploiement de bornes de recharge rapides, capables de réalimenter un véhicule en quelques minutes. Or ces bornes auront des impacts extrêmement lourds en termes de dimensionnement des réseaux.

À l’heure actuelle, les points de charge sont peu déployés dans la mesure où le parc de véhicules reste restreint. Mais cette indétermination « entre la poule et l’oeuf » prend un tour problématique en Europe, car elle creuse un fossé entre l’ambition politique, le souhait des citoyens et les retards pris dans leur matérialisation.

Une visibilité sur le déploiement des bornes de recharge, ou des points d’alimentation en GNC, voire en hydrogène, constitue donc un impératif pour une optimisation du pilotage des investissements.

Ces « autoroutes vertes » permettraient de relier en véhicule sobre en carbone, sans discontinuité, la Pologne au Portugal, la Grande-Bretagne à la Grèce. Elles offriraient un cadre de planification pour les investissements futurs des réseaux et dynamiseraient la R & D européenne portant sur les batteries des véhicules électriques.

Ces « corridors des mobilités innovantes » – terme avancé dans le rapport que j’ai remis le 23 février dernier au président de la République – pourraient aussi ouvrir des perspectives nouvelles en matière de fret avec, par exemple, des camions roulant à l’électricité et pouvant recharger leurs batteries en mouvement, via des caténaires, comme expérimenté en Allemagne.

A quelques mois de la prochaine COP 21, ce projet matérialiserait enfin une grande ambition européenne, et parlerait à l’évidence au reste du monde, nous replaçant en tête de l’agenda des solutions.

 Source : Les Echos, 8 juin 2015

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.