Par Michel Derdevet – Maître de conférences à l’IEP de Paris

ll a fallu un siècle pour que les pays européens envisagent et parviennent à échanger de l’électricité. Retour sur cette histoire de solidarité électrique qui est loin d’être finie.

En 2010, la France a échangé avec ses 6 voisins 103,7 térawatt-heure(TWh), avec un solde positif pour elle de 29,5 TWh.

C’est vers l’Italie et la Suisse que la France exporte le plus. Elle exporte aussi plus en Grande-Bretagne qu’elle n’importe. En revanche, le solde a été nettement négatif avec l’Allemagne. Il l’a été aussi avec l’Espagne et la Belgique (voir la carte ci-dessous).

les échanges d'électricité

Arriver à cette situation a été un long chemin. L’Europe de l’électricité commence au tournant du XXème
siècle. Dès 1907, grâce aux progrès de la technique, il est possible de transporter de l’électricité sur plus de 50 km, sans perte importante d’énergie. Quelques connexions transfrontalières voient alors le jour.

Mais ces connexions répondent à des logiques locales plus que nationales ou européennes. C’est toujours la présence d’un site de production d’électricité proche d’une frontière qui entraîne la mise en place d’une ligne transfrontalière. La France compte ainsi quelques connexions pour importer de l’électricité hydraulique, principalement d’origine Suisse. Cependant, il n’existe pas de réelle volonté d’utiliser les complémentarités de territoires éloignés.

Après la seconde guerre mondiale, la multiplication des interconnexions électriques s’explique par la combinaison de trois facteurs favorables :

  • la volonté de coopération politique et technique des Etats de l’Europe de l’Ouest,
  • la croissance des Trente glorieuses avec l’augmentation de la demande d’électricité,
  • la création d’EDF en 1946 : une entreprise publique avec une véritable prise en compte de l’Europe dans la gestion de son réseau.

Fait méconnu, l’électricité est le premier secteur industriel à avoir mis en place une véritable politique européenne, avant même la mise en en place de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), dont on cette année fête les 60 ans.

En effet, dès 1951, sous l’impulsion de différents groupes et organisations, se met en place l’Union pour la Coordination de la Production et du Transport de l’Electricité (UCPTE). Sa mission est de développer la solidarité des exploitants des réseaux électriques européens. Très rapidement, les huit pays fondateurs (France, Italie, République fédérale Allemande, Autriche, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) sont rejoints par l’Espagne, le Portugal, la Yougoslavie et la Grèce.

Le marché intérieur européen

Le succès de cette démarche s’explique aussi par la volonté des Etats de l’Europe de l’Ouest, encore affaiblis par la seconde guerre mondiale de mettre en place des mécanismes de solidarité et ainsi assurer une sécurité d’approvisionnement électrique maximum. Si un des pays interconnectés connaît une pénurie d’électricité, ses voisins sont en mesure de lui porter assistance en injectant de l’électricité sur son réseau, afin d’éviter le blackout. L’ensemble des pays de l’Europe Occidentale est relié par des interconnexions dès 1958.

Pour la France, plusieurs dates jalonnent cette histoire

  • En 1964 : mise en place de la première liaison internationale à 400 000 Volts (traversant les Pyrénées, elle relie la France et l’Espagne, de Gaudière à Vich).
  • Entre 1983-1986 : mise en place d’une liaison à courant continu de 2000 MégaWatts entre la France et L’Angleterre.
  • En 1991, la France compte 10 interconnexions à 400 000 Volts et 13 à 220 000 Volts.

Au niveau de l’Union européenne, la date fondatrice est décembre 1996. Une directive met en place le marché intérieur de l’électricité en agissant dans trois domaines :

  • l’ouverture progressive des marchés électriques à la concurrence
  • la séparation des activités de production et du transport de l’électricité
  • la création de Gestionnaires de Réseau de Transport (GRT), chargés d’assurer l’égalité de traitement des utilisateurs de réseaux et de permettre la concurrence entre tous les acteurs

Cette directive, qui aboutit à la création de RTE en 2000, est le véritable acte de naissance d’un réseau de transport d’électricité, pensé pour devenir européen.

Un pas supplémentaire est franchi avec la création en juillet 2009 de ENTSOE : association qui rassemble à ce jour 41 GRT de 34 pays, et qui remplace dans une seule et même structure, 6 regroupements régionaux de GRT antérieurs. ENTSOE est l’héritier d’un long processus débuté au début du siècle, et qui mène à la mise en place de projets électriques concertés à l’échelle européenne.

Source : http://energie.lexpansion.com

Image d’entête : La Chaine Energie

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.