L’Union de l’énergie prévoit notamment la mise en place d’un réseau de point de recherche des véhicules électriques, qui permettrait de toucher directement les citoyens.

Priorité politique de la Commission, l’Union de l’énergie devrait impliquer tous les citoyens, par des projets concrets.

Michel Derdevet est maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, professeur au Collège d’Europe de Bruges, et secrétaire général d’Enedis.

L’Union de l’énergie constitue, à juste titre, l’une des priorités politiques de l’actuelle Commission Juncker, à travers notamment les quatre paquets de mesures spécifiques, dont le «Clean Energy Package » qui devrait être adopté courant 2018.

Cette nécessaire ambition d’une politique énergétique commune doit être illustrée aujourd’hui par des projets concrets, audibles, par tous les citoyens européens.

Dans une Europe où les choix énergétiques primaires relèvent encore des options politiques et industrielles de chaque pays, les réseaux d’électricité, et plus spécifiquement les réseaux de distribution, peuvent constituer précisément un terrain d’entente, favorisant davantage les convergences entre Etats membres. Ils sont en effet au coeur de la transition énergétique : 95% des énergies renouvelables sont connectées aux réseaux de distribution, proches des sites de consommation. En devenant de plus en plus « smart », ils constituent aussi l’interface numérique pour accompagner les nouveaux usages des citoyens européens (véhicules électriques, maison connectée, etc.) au sein de territoires plus « intelligents ».

Parmi les 12 recommandations du rapport « Energie, l’Europe en réseau » que j’ai remis le 23 février 2015 au Président de la République française, cinq initiatives sont suffisamment tangibles pour contribuer à faire émerger non seulement une Europe pionnière dans la transition bas carbone, mais aussi une Europe qui fait sens aux yeux des citoyens européens.

L’Union de l’énergie prendra la forme de 9 grandes régions interdépendantes

Les États membres seront bientôt obligés de fournir leurs voisins en électricité en cas de pénurie, au sein de 9 grandes régions européennes.

Construire un réseau autoroutier européen de recharge des véhicules bas carbone

Pour atteindre l’ambition de l’Union européenne de devenir leader dans l’électromobilité, l’enjeu des infrastructures de recharge est clef, tant du point de vue de leur impact pour le réseau électrique que dans la perception que les Européens se font de l’autonomie et de la liberté de déplacement. Nous proposions en 2015 de mailler 70 000 km d’autoroutes européennes en investissant massivement dans un réseau de stations de recharge électrique. Il s’agit d’un signal puissant en faveur de la mobilité propre qui permettrait de plus d’anticiper et de réduire les coûts significatifs pour les réseaux électriques.

Plusieurs initiatives ont été prises depuis, au sein du Benelux, entre l’Espagne, la France et le Portugal, entre la France et l’Allemagne ou encore entre les pays de l’Est et l’Allemagne.

Il s’agirait donc, à ce stade, de rassembler ces projets et surtout d’en donner une visibilité politique de premier plan ainsi qu’un horizon temporel, pour qu’en 2025, toutes les autoroutes européennes permettent de relier en véhicule sobre en carbone, sans discontinuité, la Pologne au Portugal, le Benelux à la Grèce.

Lancer un plan européen de R&D en matière de smart grid et de stockage

Les réseaux intelligents seront essentiels demain aussi bien pour assurer l’intégration des énergies renouvelables, et notamment leur intermittence, que pour offrir de nouveaux services aux consommateurs et réduire les coûts de la transition énergétique. L’Europe dispose d’une position de leader en la matière, avec de nombreux groupes reconnus internationalement.

L’intégration du stockage sera un élément clef des smart grids. Les industriels européens ont un rôle à jouer sur certains segments technologiques, qu’il s’agisse de l’assemblage des cellules, de l’intelligence associée au pilotage des batteries, etc. Mais aussi des futures générations de batterie qui viendront après la technologie Li-Ion et que l’Europe devra anticiper.

Une grande initiative industrielle européenne pourrait être lancée autour de la «batterie du futur», avec l’ambition d’impulser une alliance entre tous les acteurs européens concernés (industriels de l’automobile, de l’énergie, …) pour mutualiser leurs efforts de recherche & développement, développer de nouveaux matériaux et optimiser ainsi les systèmes et les procédés de fabrication.

Pour une Union de l’énergie ambitieuse, mobilisatrice et réellement européenne !

L’énergie peut-elle sortir l’Union européenne d’une crise qui menace son avenir ? Christophe Schramm et Antoine Guillou et en sont convaincus.

Mettre en place une plateforme européenne des données énergétiques

Avec le déploiement des compteurs communicants et l’essor des objets connectés, les données disponibles sont appelées à croître de façon exponentielle. Les technologies d’exploitation de ces données (Big Data), en progrès continu, ouvrent des perspectives nouvelles pour le système énergétique. Les opportunités pour la transition énergétique sont aussi larges que les enjeux relatifs à la cybersécurité et à la protection des données.

La mise en place d’une plateforme européenne des données assurerait à la fois la protection des données des citoyens européens, permettrait de tirer pleinement parti de la révolution numérique au service de la transition énergétique et contribuerait à favoriser l’émergence d’acteurs à même de faire face aux GAFAM.

Encourager les coopérations transfrontalières entre gestionnaires de réseaux de distribution

Le cadre franco-allemand est tout à fait propice pour mettre en œuvre des « projets concrets de coopération dans le domaine des énergies renouvelables, des réseaux de distribution électrique et de la coopération transfrontalière entre territoires exemplaires pour la transition énergétique » (XVIIème Conseil des ministres franco-allemand du 31 mars 2015). Les projets CROME et Smart border initiative (SBI) incarnent déjà cette coopération franco-allemande en matière de distribution. Il faut aller plus loin aujourd’hui et tirer les bénéfices des travaux en cours, organiser la communication symbolique entre les deux pays autour de ces projets, afin d’illustrer le dépassement des oppositions – stériles – concernant les mix électriques respectifs des deux pays et l’attention commune portée à l’impact de la transition énergétique sur les infrastructures.

Créer un Collège d’Europe de l’énergie

Enfin, recomposer le paysage énergétique européen ne se réduit pas à une question d’investissements dans les réseaux, de régulation ou d’organisation ! Cela suppose aussi, et avant tout, un besoin important d’éducation, de formation et de partage intellectuel.

Faire émerger l’excellence européenne en matière d’innovation implique une montée en compétence de milliers de salariés, ou futurs salariés, du secteur énergétique (et des secteurs associés) pour accompagner au mieux les centaines de milliards d’euros d’investissement que nécessite la transition énergétique.

La création d’un Collège d’Europe de l’énergie pourrait constituer un levier important de cette montée en gamme des professionnels européens de l’énergie en formations initiales comme continues, en associant les industriels et centres de recherches.

L’Union de l’énergie tend la main à des régimes autoritaires

EXCLUSIF : Le projet d’Union de l’énergie prévoit que l’UE transforme des dictatures et autres régimes discutables en partenaires commerciaux majeurs. Ce qui risque d’affecter la qualité des importations d’énergie, selon certaines associations.

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.