OUI.

Michel Derdevet : Elle confirme la nouvelle orientation des États-Unis. Ce qui est sûr, c’est que sans Barack Obama, le sommet de Copenhague aurait été de manière certaine une « grande messe écolo-communicante », vouée avec certitude à l’échec. Sa présence, malgré les nombreux lobbies mobilisés dans son pays contre tout accord climatique mondial, va donc incontestablement donner un nouvel élan aux négociations internationales. Elle confirme que la politique climatique des États-Unis participe du « concert » mondial et est en rupture avec les années Bush et sa politique de la « chaise vide ». Barack Obama, en venant à Copenhague, confirme ses engagements de campagne et sa volonté d’orienter son pays vers un « green new deal », articulé avec le reste du monde en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Il donne ainsi crédit à cette nouvelle orientation, même si les objectifs affichés par la première puissance mondiale peuvent apparaître modestes.

En fait, pour comprendre sa situation, il faut analyser l’équilibre instable dans lequel il est, entre ses convictions personnelles et le poids politique des sénateurs et représentants américains, qu’ils soient républicains ou démocrates, qui raisonnent avant tout en termes d’intérêts énergétiques et électoraux locaux. Nous avons souvent du mal, en Europe, à comprendre l’importance aux États-Unis des forces centripètes diverses qui s’opposent aux convictions environnementales d’Obama, mais aussi plus généralement à sa politique énergétique et à son souci de modifier en profondeur le modèle américain. Dans un pays où la moitié de l’électricité est produite au charbon, la nouvelle administration doit affronter, entre autres, les « browndogs », ces États « charbonniers », traditionnellement démocrates, mais aussi les élus et lobbies divers issus du pétrole et de l’industrie automobile. La marge de manoeuvre politique interne est donc très étroite. Et toute avancée, telle sa venue à Copenhague, doit être saluée par la communauté internationale. Car, au-delà, le président américain rebondira sans doute sur Copenhague pour relancer une dynamique interne, au Sénat et auprès de l’opinion, et finaliser sa loi sur l’énergie au 1er semestre 2010. De ce point de vue, pour Obama, Copenhague est certes un enjeu planétaire, mais c’est surtout un enjeu de politique intérieure.

Le président Barack Obama a annoncé sa venue à la conférence de Copenhague, qui doit réunir 192 pays du 7 au 18 décembre dans le cadre de la convention de l’ONU sur le changement climatique. Une première pour un président américain. Une annonce qui s’accompagne d’engagements chiffrés: une réduction de 17 % des émissions d’ici 2020 et 42 % d’ici 2030, ce qui constitue un tournant dans la position américaine. D’une façon concertée, l’autre grand pollueur de la planète, la Chine, s’est également fixé un objectif de réduction de « l’intensité carbone » de son économie, qui sera confirmé à Copenhague par le Premier ministre, Wen Jiabao. Ces deux annonces, concertées, qui ne peuvent aller l’une sans l’autre, suscitent cependant espoir ou scepticisme à dix jours du sommet.

NON.

Sébastien Blavier : Barack Obama vient à Copenhague. C’est positif mais guère surprenant. Son absence aurait été très mal perçue, alors que la question du climat domine désormais les discussions internationales. En revanche, la date retenue pour sa visite, le 9 décembre, deux jours après l’ouverture du sommet, n’est pas désintéressée et nous inquiète. Tout d’abord, elle risque de bouleverser le calendrier minutieusement préparé des négociations techniques en vue de l’élaboration de l’accord final. Ensuite, cette visite au tout début du sommet est un signal très négatif envoyé aux quelques 65 chefs d’État, notamment européens, qui seront présents les 17 et 18 décembre pour parapher les éventuels accords, sans Obama, et sans Hillary Clinton. Malgré une volonté affichée de ramener les États-Unis dans le dialogue multilatéral, Barack Obama doit composer avec un contexte intérieur moins favorable et un Sénat peu enclin à s’engager de manière contraignante au niveau international.

Le président américain vient, mais il apparaît comme un visiteur opportuniste à Copenhague, les organisations de la société civile attendent plus qu’une simple parade de sa part. Ensuite se pose la question du « pourquoi vient-il? » Là aussi, peu de surprises à attendre. Chacun sait que le président américain ne peut s’engager au-delà du projet de loi Waxman-Markey, toujours en discussion au Sénat, très insuffisante dans ses ambitions. Rappelons que les États-Unis proposent de réduire de 17 % leurs émissions en 2020 par rapport à 2005, soit une baisse équivalente à 4 % (voire 5 %) par rapport à 1990. Le Giec estime qu’une réduction de 25 % à 40 % est nécessaire dans les pays industrialisés pour avoir une chance sur deux de rester en dessous des deux degrés de réchauffement. Nous sommes donc très loin du compte. Et les États-Unis restent flous sur la question des financements accordés aux pays en voie de développement pour lutter contre le changement climatique, autre sujet clé du sommet. Au final, cette annonce présentée comme une « petite bombe » diplomatique n’est pas une bonne nouvelle pour l’atteinte d’un accord ambitieux et équitable à Copenhague. Encore une fois, c’est la volonté politique de certains pays qui fait défaut, et au premier rang desquels figurent les États-Unis. Le président américain apparaît comme un visiteur opportuniste.

Propos recueillis par Éric Benhamou

Source: La Tribune

Image: Day Donaldson

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.