Une tribune de Michèle Sabban, Vincent Champain, Michel Derdevet et Bruno Fuchs

Le consensus est désormais sans ambiguïté quant aux risques liés au réchauffement climatique : la majorité des experts s’accorde sur une hausse des températures de 2 à 6 degrés de plus d’ici 2100 avec des conséquences graves et irréversibles. La température moyenne de la terre a déjà augmenté de 0,67 °C entre 1920 et 2010 et le niveau des mers a augmenté de plus de 10 cm depuis 60 ans. Ces analyses ont par ailleurs fait apparaître le seuil d’un réchauffement limité à deux degrés comme à la fois souhaitable et réalisable. L’enjeu n’est donc plus de savoir s’il faut atteindre cet objectif, mais plutôt comment l’atteindre !

Les annonces internationales se suivent mais ne se ressemblent pas : mi-novembre, l’accord Chine-États-Unis a permis de confirmer les engagements de deux pays représentant plus de 40% des émissions mondiales à la démarche de réduction des émissions. Mi-décembre, l’accord de Lima a permis de préparer le sommet de Paris fin 2015, lors duquel les pays de l’accord présenteront leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre permettant de limiter la hausse de température supérieure à 2°.

Ces négociations sont parfois critiquées, notamment par ceux qui leur reprochent d’être longues ou de ne pas produire de solution concrète. C’est un mauvais procès : mettre d’accord 194 pays sur un même texte n’est pas chose facile, mais ces textes permettent de définir une nécessaire «constitution climatique» – notamment une méthodologie et des principes communs à l’ensemble des pays. L’action locale et la négociation mondiale sont complémentaires : c’est en partie l’engagement fort de la Californie qui a ouvert la voie à une évolution des États-Unis. A l’inverse, parce que les émissions de gaz à effet de serres sont globales, une action locale n’est soutenable à long terme que si les autres pays, et notamment ceux qui émettent le plus, s’engagent dans le même sens. Pas plus que la question est de savoir s’il faut une constitution ou des lois et des décrets, la question n’est donc pas de savoir s’il faut des accords mondiaux ou des solutions concrètes : il faut les deux !

Autrement dit, il est nécessaire à la fois de négocier globalement, et d’agir localement. C’est le credo du R20-Regions of Climate Action, qui regroupe des acteurs publics locaux et des acteurs privés engagés dans des projets bas carbone. Elle vise à apporter des démentis concrets à ceux qui, après avoir douté de l’issue des négociations internationales, douteraient maintenant de l’existence de suffisamment de solutions vertes abordables – c’est-à-dire de solutions permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre à un coût faible, ou même sans surcoût.

Car les exemples abondent. Certains sont sous nos yeux depuis longtemps, sans que nous en ayons pleinement conscience. C’est le cas des réseaux de transport et de distribution d’électricité, qui en permettant de ne produire que l’électricité nécessaire à chaque instant, et en améliorant les ajustements offre/demande optimisent l’économie d’ensemble du système énergétique et facilitent l’intégration des énergies renouvelables. A cet égard, la France, et plus généralement l’Europe, n’ont pas à rougir de l’efficacité de leurs infrastructures mises en place au fil des décennies.

D’autres solutions en revanche auraient pu exister si le contexte avait été plus favorable aux « innovations vertes abordables » – ces innovations qui réduisent les émissions à un coût faible ou nul. Ce que montrera le rapport piloté par CVA et l’Observatoire du Long Terme qui sera remis début 2015 au R20 ainsi qu’au président du GIEC, c’est que les décisions qui permettraient de mettre en place un tel contexte sont à portée de main, y compris au niveau local.

Il serait donc presque aussi vain de ne rien attendre des négociations de Paris que de tout en attendre : ces négociations vont notamment servir à rassurer chacun que les efforts qu’il fera seront justement partagés par le reste du monde, ainsi qu’à préciser les modalités de ces efforts. Le temps de l’action se situe à la fois avant, pendant et après le temps de la négociation : il dépend donc de chacun d’entre nous à la fois de crédibiliser et de traduire les engagements pris par la France, l’Europe et le Monde en actions concrètes, et de stimuler notre créativité pour inventer les solutions qui permettront de réaliser cette transition climatique au moindre coût possible.

Michèle Sabban, Président du R20 – Regions of Climate Action
Michel Derdevet, Professeur au Collège d’Europe de Bruges et à l’IEP de Paris
Vincent Champain, cadre dirigeant, Président de l’Observatoire du long terme
Bruno Fuchs, Président d’Image & Stratégie

Source: lopinion.fr

 

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général.
Essayiste français spécialiste dans l’énergie, il est également enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris et au Collège d’Europe de Bruges.