Maître de conférence à Sciences-po Paris, Michel Derdevet participe jeudi au Colloque « 60 ans d’Europe » qui commémore la naissance de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA).

Propos recueillis par Magali Ghu

Quel sera l’objet de votre intervention?

On n’est pas uniquement dans du commémoratif, mais aussi sur une question pleinement d’actualité. Quand les pères fondateurs conçoivent le traité de la CECA, on est quelques années après la Seconde Guerre mondiale et dans un domaine où envisager une coopération économique semblait extrêmement compliqué tant dans les mentalités françaises qu’allemandes. Et pourtant on l’a fait et le traité CECA a produit ses effets de manière positive : il a redynamisé l’économie européenne. les politiques ont donc su insuffler une dynamique nouvelle dans un contexte qui n’était pas évident. La question reste d’actualité, y compris après l’accident de Fukushima, où la tentation dans certains pays européens est d’avoir des réponses nationales. lors du colloque, on va se poser la question des réponses à donner face à la complexité de ce monde de l’énergie des années 2020-2030. On ne peut pas se contenter de l’addition de 27 réponses pays par pays. Il faut coopérer encore plus au niveau européen pour envisager la transition, développer le renouvelables, accroître les réseaux d’échange d’énergie. L’actualité du traité CECA c’est avoir une vision politique qui projette les industries dans un espace commun.

Dans votre livre « L’Europe en panne d’énergie », vous parlez d’ailleurs d’une communauté européenne de l’énergie. Comment l’imaginez-vous?

Il y a des sujets qui à l’évidence sont mieux traités à 27 que de manière isolée dans un État. C’est par exemple le cas de la problématique de la sécurité des approvisionnements en gaz ou en pétrole venant de pays tiers ou de la question des grands réseaux d’échange d’énergie dont dispose l’Europe et qu’il faut renforcer, les renouveler et interconnecter. Enfin , la communauté européenne de l’énergie a aussi une urgence à traiter, c’est la question de la pauvreté énergétique. L’Europe a su fonctionner sur la base de la concurrence. Elle a mis en place un espace de libre commerce sur l’électricité, le gaz et l’énergie en général. Aujourd’hui, il faut qu’elle travaille sur une autre base qui est celle de la solidarité. À la différence des zones économiques, l’Europe n’est pas qu’un espace concurrentiel, un grand marché, elle a aussi des politiques communes. Il faut que sur l’énergie, on pense à des politiques communes vers les plus démunis.

Quelles pourraient être ces politiques communes? Imaginez-vous un tarif social de l’énergie?

Il faudrait d’abord trouver une définition commune d cela pauvreté énergétique. Les Anglais ont donné une réponse :ils estiment que lorsque plus de 10% des revenus d’un ménage sont consacrés aux dépenses énergétiques, on est en situation de pauvreté énergétique. L’Europe pourrait peut-être se mettre d’accord, sur la base d’un pourcentage, pour mettre en place de solitudes nationales de soutien aux plus démunis. Ce type de fonctionnement est déjà à appliquer pour les aides régionales. Le Valenciennois, par exemple, a reçu des fonds européens mais aussi des aides du gouvernement français. Ce mécanisme pourrait être transposé dans le domaine de l’énergie afin de permettre aux États d’aider les ménages en fonction du pourcentage des revenus qu’ils consacrent aux dépenses énergétiques. Si l’Europe ne réagit pas, la fracture énergétique continuera de s’accroître. « L’Europe en panne d’énergie – Pour une politique énergétique commune », Michel Derdevet, Descartes & Cic, 2009, 202 pages.

Source : Nord Éclair

Image d’entête : Flickr

Publié par Michel Derdevet

Membre du Directoire d’Enedis, dont il est le Secrétaire Général. Essayiste français spécialiste dans l'énergie, il est également enseignant à l'Institut d'Études Politiques de Paris et au Collège d'Europe de Bruges.